Dernière publication du Dr Clément Urrutibéhéty

dimanche 21 février 2016
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Le Musée de Saint-Palais sur la route des ports en Basse-Navarre. Recherches et découvertes

 

1. UN ENTOURAGE D’AUTELS ROMAINS Trois autels romains ont été trouvés en Pays basque dans une enceinte d’église ou de chapelle, à La Madeleine de Tardets, à Saint-Sauveur d’Ibañeta et dans l’église d’Hasparren. Des moulages de ces trois autels ont été réalisés. - Autel dédié au génie du pays d’Hasparren, genio pagi. - Autel dédié au soleil trouvé dans la chapelle Saint-Sauveur, au sommet du col d’Ibañeta. - Autel romain sacré de la Madeleine de Tardets, érigé à Herausgoritse, maître de l’éclair et du tonnerre, qui rougit la tempête littéralement en basque. Le culte des hauts lieux, de protection contre les intempéries et la grêle en particulier, était très répandu au pays Basque. Une approche de la Madeleine de Tardets nous a été donnée par une inscription de la chapelle de Soyarce, entre la stèle de Gibraltar et la chapelle d’Haranbelts. Outre les premiers soins prodigués aux pieds des pèlerins, il protégeait les villages environnants des mauvaises tempêtes, Herautsi gaxtoetarik, où l’on retrouve le radical basque Heraus de la Madeleine de Tardets. C’est lui qui nous a orienté pour déchiffrer l’inscription de l’autel dédié à celui qui rougit la tempête, Herausgoritse, maître de l’éclair et du tonnerre. L’auteur de l’inscription pratiquait le basque et le latin. A Jupiter et à l’Olympe, il préférait apparemment le ciel souletin, et l’éclair qui rougit la tempête, Herrauts Gorritse. Il érige cet autel Hoc Eregit Sacrum HES, cette chose sacrée rappelant la dédicace au pays d’Hasparren, HANC DEDICAT ARAM, au retour de Rome. La Madeleine de Tardets est devenue un haut-lieu de Soule contre l’orage. Les Pyrénées sont riches en autels romains émaillés de basque : l’un dédié à Marti leheren, à Mars destructeur et réducteur à néant, et un autre, protecteur des femmes enceintes, Erditze, qui se divisent par moitié.

 

2. LA FONTAINE ET LA MONTAGNE DE ROLAND Les ports de Cize sont cités au XVIIème siècle par Jean de Uharte, sous-prieur de Roncevaux, sous le nom de montagne de Roland, qu’il assimile à Garazviscay, le dos d’âne du port de Cize. C’est à flanc de cette montagne de Roland que nous conduisit un berger de Valcarlos, familier des lieux dès son jeune âge. Il nous a mené à la fontaine de Roland, Erolan ithuri, fatale à l’arrière-garde de Charlemagne. Cette fontaine sourd à la naissance du ruisseau, Undarzaro, le dernier pâturage, et descend sur le versant de Valcarlos, à travers le ravin de la fontaine de Roland, Erolan ithuriko malda, autre appellation du berger. Roland assoiffé frappe trois fois le rocher et se désaltère avec sa troupe, tandis que les Basques déclenchent l’attaque et lâchent leurs projectiles de pierre du haut de la source, d’un sentier et d’une plate-forme de mauvais augure, appelée Itzalchareko hegui, où s’achève le récit de la bataille. La fontaine donne naissance à la Nive de Valcarlos, et au nom de la montagne de Roland.

 

3. LE SITE D’EREMU Le cartulaire du diocèse de Dax mentionne au XIIème siècle l’église d’Erm à Beyrie-sur-Joyeuse. Cette église a disparu, ne laissant pour témoin que le vieux pont d’Eremu au pied de la colline et le nom d’Eremu. Le chemin conduisait au sommet de la falaise, à la chapelle, et au bois sacré de Lukumendi. La maison Jorjinborda, de Georges, a remplacé le nom du bois sacré. Sur l’autre rive apparaît le nom de Mari, avec la source Mari Ituri qui alimentait Saint-Palais en eau potable. C’est un des rares vestiges de la demeure de la déesse Mari, généralement remplacée par Dona Maria. Le nom d’Erm, désert, s’appliquait aux terres incultes, vaines et vagues du pays, en limite des villages. Dans les années 60, M. René de la Coste-Messelière, infatigable promoteur des chemins de Saint-Jacques, a parcouru le site d’Eremu à cheval et traversé le pont en dos d’âne avec ses cavaliers, en direction de la stèle de Gibraltar ou Saint-Sauveur.

 

4. LES ABRIS À COCHONS EN PAYS QUINT La montagne des Aldudes, aussi appelée Pays Quint ou Quinto Real, était une enclave du domaine royal de Navarre, limitrophe de Roncevaux, de Valcarlos, des vallées de Baigorri et du Baztan. Des traités de faceries ou de compascuité autorisaient le pacage au-delà des limites de sol à sol, du lever au coucher du soleil. Cette autorisation concernait au premier chef le gros bétail comme les troupeaux de vaches, les bustos de Roncevaux. Les porcheries devaient échapper au rythme de la transhumance. En excursion vers la montagne d’Adarza, nous sommes tombé sur un groupement de rochers structurés, joints à des fondations de dimensions restreintes de 4 à 6 mètres de diamètre. Ces fondations, adossées aux rochers, ménagent une ouverture d’entrée. Deux toponymes à vocation porcine encadrent le site sur la carte d’Etat-major entre les cotes 925 et 996 : le col d’accès, Urdiako lepoa, col des Cochons, et le sommet proprement dit, Urdiako harria, pierre à cochons. Ils éliminent une occupation d’autre nature comme borde, étable ou grange.

 

5. LA MARCHE DE LAUHIRE - LES QUATRE PAYS LIMITROPHES La Marche de Lauhire, ouverte à la transhumance, de la montagne aux landes, est particulièrement riche en bifaces et hachereaux trouvés par MM. Blancant et Lateulère dans la zone limitrophe des quatre pays de Navarre, Béarn, Soule et Gascogne qui la définissent. Conflits de pâturage et de bornage : la borne de Pausasac, où poser son sac en gascon, borne de référence au XIVème siècle ; suivie au XVIème siècle par une borne sculptée aux armes de Navarre d’un côté et de Béarn de l’autre. Le territoire de Lauhire s’étendait de la borne de Pausasac aux rives d’Oeyregave et aux dix chênes de l’abbaye d’Arthous.

 

 

6. BOIS BEDATS PROTÉGÉS ET BOIS SACRÉS Les bois bedats sont l’apanage des maisons nobles et des commanderies. Des 25 maisons fivatières du village de Luxe, dix-huit avaient accès au bois bedat d’Elgorria et jouissaient d’une portion ou raderie de ce qui fut le bois sacré de Lukus Oihena. Elles devaient envoyer un homme, chacune durant un jour, couper les fougères du seigneur et célébrer un rite incantatoire sous le manteau de la cheminée. « Il y a 18 maisons qui ont accès au bois bedat, à raison de quoi elles sont obligées d’envoyer un homme pour venir couper manuellement les fougères de Luxe, chacun un jour sans salaire que de la despence ; sont obligés aussi deux d’entre eux de venir dans le château de Luxe un jour de saint Michel, un jour avant ou après, pour toucher la crémaillère avec un bâton et dire : Elgorria hautzenda, Elgorria hautzeda, et sans cela, tout leur bétail peut être pris comme carnal », formule magique contre la saisie du bétail, « le diable rouge se coupe et se brûle »). Le nom d’Elgorria donné au bois est significatif de son histoire et de son caractère successivement sacré et bedat. Interdit en temps de glandée ou bedat, d’octobre à décembre, exorcisme du bois sacré renouvelé par deux représentants du bois bedat, la formule visant le diable Elgorria. Tout finit avec la démolition du château au XVIème siècle, les habitants de Luxe ne payant plus alors ni tailles ni quartiers au seigneur. Les croix ont remplacé les chênes des carrefours, c’était aussi la fin du bois bedat. Lukus Oihena recouvrait la touroune de Luxe, en lieu et place du bois bedat. Les bois bedats eux-mêmes n’ont-ils pas pris le relais des bois sacrés ?

 

 

7. LE BARON SAINT-JACQUES SUR LE CHEMIN DE NAVARRE ET UN LEVEUR DE PIERRE L’église d’Aroue, sur le chemin de Navarre au port de Cize, recèle deux sculptures romanes méconnues sur le linteau de la sacristie. Le baron à cheval brandit l’épée au-dessus de deux combattants désarmés et désarçonnés dont les chevaux prennent la fuite. Une deuxième sculpture représente un leveur de pierre, sport favori des Basques du sud. Il soulève une colonne du temple en tenue d’époque. Au chevet de l’abbaye d’Arthous, c’est un leveur de barrique, aux confins de la Marche du Lauhire, qui exerce ses talents et sa force.

 

8. LES BLASONS À COQUILLES DE BASSE-NAVARRE Les maisons nobles de Basse-Navarre, ou palacios, ornées de coquilles sont au nombre de vingt-et-une sur les quelque cent cinq recensées en Basse-Navarre. Leur rôle se réduit pour les auteurs à une présence sur les chemins de Saint-Jacques. Il s’agit de chevaliers armoriés et armés, à cheval, dans l’ordre de la noblesse. Leurs aïeux durent gagner les coquilles en participant à la libération des chemins de Saint-Jacques. Une maison Donaïki (saint Jacques) à Saint-Just-Ibarre et sa chapelle Saint-Jacques, autrement appelée de Saint-Jayme, sont au cœur du pèlerinage. Le nombre de coquilles varie de deux à dix et culmine à dix au château d’Arbérats, et n’entraîne aucune préséance. M. Voisin, mon guide en montagne, a dessiné ces armoiries pour le musée.

 

9. IRIBERRI, LES VILLES NEUVES DE BASSE-NAVARRE Les villes neuves ou Iriberri étaient aussi bien appelées Poblacion, ville de peuplement. Il reste à Amendeuix ce nom de Poblacion et tout autour le nom du quartier Iriberri. Dans les baronnies de Gramont s’est érigée la ville neuve de Viellenave-sur-Bidouze qui a pris le relais de La Mulari, selon toute vraisemblance. Ces deux villes neuves d’Amendeuix et de Viellenave s’ajoutent aux six autres de Basse-Navarre. Les villes neuves de Saint-Jean-Pied-de-Port, d’Ostabat et de Garris se sont greffées sur un noyau préexistant, puis se sont ajoutées les villes neuves proprement dites de Saint-Palais, de Larceveau et de Mongelos. Le roi de Navarre, Sanche-le-Fort, obligeait le seigneur de Luxe à lui rendre hommage pour Ostabat. Il rasait les remparts, ville ouverte à peine fermée. La date de 1268, de reddition et d’hommage du seigneur de Luxe, peut servir de référence pour la naissance des autres villes neuves de Basse-Navarre.

 

10. GUERRE DE CENT ANS UNE LIGNE DE CHÂTEAUX ROYAUX NAVARRAIS AU XIV° S Sous le règne de Charles II de Navarre, dit le Mauvais, créateur de la monnaie de Saint-Palais en 1351, une ligne de châteaux royaux surveillait la frontière de Navarre à Saint-Martin d’Arberoue, à Charritte et à Sussaute, au passage des grandes Compagnies. Le château de Rocafort à Saint-Martin d’Arberoue, dans son nid de rochers, entourait sa tour d’une enceinte. Le château de Rocabrune à Charritte de Mixe, dans son environnement minéral, au lieu-dit Castet-Vieil, dominait le gué des Maures sur la Bidouze. Dans l’orbite du château, la maison Borde-deu-Rey, la borde du roi, dépendait du château. La présence d’une maison Borda dans un bourg est l’indice à elle seule d’une maison noble dans le voisinage. Le troisième château, à Sussaute, au-dessus de la borne de Pausasac, a gardé son nom de Château Royal, altéré en Castel Rénal de Oilharburu, au sommet de la colline et de la forêt. Il surveillait la route de Béarn en Navarre.

 

11. LA MAISON NOBLE DERDOY-OIHENART LES BUSTES DES DERNIERS ROIS DE NAVARRE HENRI II, JEANNE D’ALBRET, HENRI II DE NAVARRE, IV DE FRANCE Une triade à trois têtes doit sans doute rappeler les trois rois contemporains des bustes royaux du XVIème siècle, triade située sur le côté de la maison Derdoy-Oihenart. Deux figures allégoriques ont été ajoutées, le diable et la femme au bandeau, lors de l’agrandissement de la maison. Leur situation sous les combles les a protégées à la Révolution, tandis que les armes Derdoy-Oihenart étaient martelées, accessibles au-dessus de la porte d’entrée.

 

12. LES COFFRES-FORTS DES JURATS Trois coffres de petite taille, différents des coffres de mariage par leur taille, par leur usage et par leur décor… gothique, navarrais et d’inspiration solaire. Un quatrième coffre a accueilli une bouteille de gaz et son fourneau, après avoir servi au XVIIème siècle dans une jurade de Mixe. Il s’y ajoute un joint de porte de même époque portant la signature des Cagots, la patte d’oie de l’artisan. Cette signature a été découverte par un visiteur du musée, descendant lui-même des Cagots, à qui le travail du bois était réservé.

 

13. ITINÉRAIRE DES CHAPELLES SAINT-SAUVEUR, TÉMOINS DE LA CHRISTIANISATION Des chapelles Saint-Sauveur jalonnaient la voie d’accès en Navarre, témoins de la christianisation du pays d’un versant à l’autre des Pyrénées : • Saint-Sauveur de Biscaye, où les enfants s’initiaient à la marche ; • Le mont Saint-Sauveur de Saint- Palais, privé de sa chapelle ; • La chapelle Elizaño, au pied du mont Saint-Sauveur, était le principal foyer de la marche des enfants ; • Saint-Sauveur d’Iraty, sur la route des ports et d’Ochagavia ; • Saint-Sauveur d’Ibañeta qui était dédié au culte solaire, soli, au soleil ; • La chapelle Saint-Sauveur d’Obanos et son calvaire, où aboutissaient les itinéraires jacquaires de Roncevaux et du Somport d’Aspe, avant la descente et la traversée du pont de Puente la Reina. Un circuit pavé a laissé des traces au pied de Saint-Sauveur de Saint-Palais : un gué pavé plongeant dans la Bidouze, donnant accès à la maison Aintzi d’Uhart-Mixe et sur l’autre rive au carrefour de Saint-Sauveur.  

 

14. LE CARREFOUR DE GIBRALTAR OU DE SAINT-SAUVEUR Deux initiatives contemporaines à une année d’intervalle autour du mont Saint-Sauveur ont marqué le renouveau du pèlerinage et des études compostellanes : l’inauguration de la stèle de Gibraltar du mont Saint-Sauveur en 1964 et l’exposition d’Art Sacré à la mairie de Saint-Palais en juillet, août et septembre 1965. Dans l’exposition figuraient le ban et l’arrière-ban de l’art statuaire en Basse-Navarre : une quarantaine d’exemplaires en tête desquels la Trinité casquée de Lumbier. Au pied du mont Saint-Sauveur s’inscrit le quartier de Gibraltar. Par glissement et dérives successives, on est passé de Sauveur à Salvatore, Chabaltare et Gibraltar. A suivi l’érection de la stèle d’orientation de Saint-Sauveur au carrefour des chemins de Saint-Jacques. Un autre nom est donné au quartier de Gibraltar, quartier de Lindus, dans le vieux plan cadastral, qui renvoie au col de Lindus à l’ouest de Roncevaux. Le mont Saint-Sauveur aurait pris le relais du mont Lindus. Arzen Bidia, le chemin des bergers, descendait du sommet de Saint-Sauveur au gué de Lahiria, où se tenaient les assemblées des radiers, utilisateurs des raderies des bois bedats. Le roi de Navarre ne possédait en Basse-Navarre que le domaine de Sardasse, au flanc de Saint-Sauveur, et la forêt d’Ossès, en omettant le Pays Quint. Le domaine royal de Sardasse était au XVIIe siècle sous la juridiction des jurats de Saint-Palais.

 

 

15. DEUX JALONS DU PÈLERINAGE À ESTELLA. DANS LES MAINS DE LA POLICE DU SOMPORT Deux croix, à l’entrée et à la sortie, marquent la traversée de la ville d’Estella en Navarre, la croix crossée de Roncevaux et la croix de Santiago en forme d’épée. A l’initiative du président Berouet, ordonnateur du pèlerinage à Estella, elles jalonnent la rue par excellence, la rua, la rue du Moyen Âge, riche en monuments, riche aussi du négoce des ruanos. Deux modèles réduits en fer forgé, don de l’auteur, ont rejoint le musée de Basse-Navarre. Une mésaventure m’attendait sur la route du Somport. Arrêté à la frontière et conduit sous forte escorte au poste de police de Canfranc, j’étais confondu avec le chef communiste recherché, Santiago Carrillo Solares. J’aurais supprimé un grain de beauté du visage. Je donnais comme garant le nom du président des amis de Saint-Jacques d’Estella et retrouvais aussitôt les bonnes grâces de la police.

 

16. EXPOSITION D’ART SACRÉ NAVARRAIS – 1965 - Statue de saint Cyprien d’Azkonbegi, restaurée puis volée. - Trinité de Lumbier du XIIème siècle, casque emblème du chef. - Saint Jacques agenouillé. - Notre-Dame de Soyharce. - Manquait un chef d’œuvre : la croix navarraise d’Azkonbegi. - Saint-Engrâce d’Elizaño, culte de la marche des enfants. - Restauration de dix statues par deux spécialistes du ministère des Beaux-arts qui sont restés huit jours à Saint-Palais. - Restauration ajournée de la chapelle d’Haranbelts, faute de classement. - Première sortie de la discoïdale de Suhescun et sa fresque rupestre de chasse. - Une dizaine de statues ont été restaurées à demeure, parmi lesquelles la statue de saint Cyprien d’Azkonbegi, remodelée à la feuille d’or et volée par un amateur.

 

17. LA POLITIQUE DES MOULAGES La politique des moulages a débuté à Paris dans une officine spécialisée par le moulage d’un pouce de ma fille Christine. Ce premier essai a été répercuté à Saint-Palais. Le potier, M. Bucheli, a pris le relais en pleine possession de son art et de la nouvelle technique. On lui doit la réalisation et la finition de tous les moulages. Chaque année était programmée une campagne de moulages : entre autres, la triade des rois de Navarre, les autels romains de la Madeleine de Tardets, Ibañeta et Hasparren, les danseurs d’Ordiarp et le gibier du commandeur, un bénitier de maison à Pagolle, la croix navarraise d’Azkonbegi, le buste du donat de Saint-Just, le décor de la porte sud à Ospitalia d’Irissarry, herse caractéristique d’une vocation agricole, les corbeaux de cheminée en façade de rue à Garris, représentant un basque et un chevalier de Malte, bornes aux armes de Béarn et Navarre, blason de Saint-Palais couronné de Navarre… A ces exemples on peut associer la stèle de Gibraltar. Son disque abandonné dans un fossé à l’entour du cimetière de Sorhapuru a été incorporé aux chemins de Saint-Jacques et… sauvé. On peut lui joindre la colonne de Pelegrinia à Garris.

 

 

18. LES EAUX MINÉRALES DE CAMBO : CAMBO URA, CAMBO ITHURIA Dans le défilé et la falaise de la Nive naissent les sources sulfureuses et ferrugineuses qui ont donné leur nom à la station de Cambo-les-Bains. Elles représentent toute une famille d’eaux minérales répandues au pays Basque, sans que l’on sache pour autant l’origine du nom de Cambo. Les sources ne revendiquent aucun patronage. Tout un réseau de sources entoure le gué de Camito sur l’ancien itinéraire d’Aquitaine. La source, comme l’établissement de bains de Labets, est connue sous le nom de Cami Ura ou de Cambo ura. Du lit du ruisseau, du rocher, naît une autre source de Cambo à Sumberraute. On retrouve le nom de Camito sur le chemin qui conduisait à l’établissement de bains de Garris, Cambourtoua, les eaux de Cambo. Des neuf cabines recensées, il ne reste aucune trace, ni non plus de la source étouffée sous la folle avoine des champs. Ailleurs, une baignoire en bois conservée dans une borde d’Irissarry au bord de l’eau suffisait à créer de l’animation alentour. De la même famille, une source de Cambo alimentait le vieux quartier de Larceveau, l’ancienne ville neuve Iriberri. Le village de Gamarthe baigne au milieu des sources de Cambo. Les eaux purgatives de Cambo à Lacarre étaient à l’ordre du jour de l’assemblée des Etats généraux de Navarre au XVII° siècle. Dans la gamme des Cambo, on peut citer la source ferrugineuse Gamburi dans la rivière en limite de Bonloc et d’Hasparren. Le plus étonnant, n’est-ce pas la maison Campouteï dans le bas d’Oneix, aux portes de Saint-Palais, qui faisait commerce des eaux sulfureuses de sa cour, et non pas d’élevage de chapons ? Et combien d’autres sources affiliées à Cami, Camito et Cambo.

 

19. LES DONATS DE SAINT-JUST EN OSTABARET – FIN DES DONATS Le plan cadastral napoléonien fait mention de la chapelle romane disparue depuis, attenante à la maison Dorea du prieur. Autour des quatre donateries d’Utziat, apparaît tout un réseau de canalisations couvrant l’ensemble du prieuré à partir du bassin du moulin. Les travaux effectués au XVIIIème siècle dans la maison de donat Cartategui annonçaient le changement de statut des donats. Le buste érigé en façade, porteur d’une perruque ou d’une longue chevelure et d’un manchon, en étonnait plus d’un. Etait-ce l’image d’un donat ou du prieur de Saint-Just, ordonnateur des travaux, un des quatre prieurs de l’abbaye de Sorde ? On connaît l’existence d’un Bertrand Cartategui, frère donat de Saint-Just, élu député en 1761 pour représenter le Tiers Etat du pays d’Ostabaret à l’assemblée des Etats Généraux de Basse-Navarre. L’assemblée des Etats rejetait la procuration de Bertrand Cartategui le 18 mai 1761 et refusait de le recevoir parce qu’incapable d’exercer cette députation en qualité de frère donat, payant tribut, cens ou fief à l’abbaye. « Sur ce qui a été représenté que par délibération prise le neuf du présent mois par la cour générale du pays d’Ostabaret, cette assemblée aurait fait choix de la personne de Bertrand Cartategui du lieu de St Just pour, en qualité de député du pays, assister à celle du tiers-état pendant la présente tenue des Etats, et attendu que non seulement comme frère-donat dud. lieu, mais même en qualité de censitaire du Prieuré de St Just il est incapable d’exercer cette députation, ouy le rapport desd. Sieurs commissaires et veu les arrêts rendus par le Parlement en date du 23 février et 16 septembre 1669, les Etats ont été unanimement d’avis qu’il n’y a pas lieu d’admettre la procuration dont il s’agit pour ce qui concerne led. Cartategui, lequel sera en conséquence exclu de l’assemblée du tiers-état, sans préjudice à la cour générale dud. pays d’Ostabaret de nommer à sa place un autre député. » Un document des archives départementales de la Gironde définit les statuts des donats, donnés au Christ, donati Christo, liés par des vœux aux moines bénédictins de Sorde. Un décret de Louis XVI mettait fin en 1784 à l’institution des donats et aux derniers hôpitaux de Saint-Jacques d’Utziat et d’Haranbelts pour former un hôpital général à Saint-Palais. La liquidation des hôpitaux du pèlerinage en 1784 concernait uniquement les terres et les maisons des donats, abstraction faite de la chapelle d’Utziat abandonnée et de celle d’Haranbelts renaissante. C’était la fin de l’institution des donats. De donat à Saint-Just il ne sera plus fait mention.

 

20. REGISTRE DE RÉCEPTION DES MAÎTRES CHIRURGIENS JURÉS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE NAVARRE À SAINT-PALAIS ET COMPOSITION DU JURY La communauté des maîtres chirurgiens jurés de la Sénéchaussée de Navarre. Les années de stage chez un maître chirurgien juré dans un hôpital ou sur un bateau. Quelques candidats interrogés sur la trachéotomie, généralement sur l’anatomie, la saignée et la traumatologie. Lieu d’exercice et serment en Basse-Navarre. « Nous, Arnaud Dabadie, chirurgien juré et lieutenant de Monsieur le premier chirurgien du Roy dans la Sénéchaussée de Navarre, comme il paroit de nos lettres etpatantes expédiées par lui et dattées à Versailles le 4 may 1746 avons a l’assistance du Sr Jean de Labiague, docteur en médecine de la faculté de Montpelier, choisy des Mes chirurgiens jurés cy devant receus et par nous agrégés, savoir le Sieur Cléman Durant Duhart en Mixe pour prevot, le Sieur Jean Diriart de la présente ville de St Palais pour doyen, le Sieur de Minaberry de St Jean Pied de Port, le Sieur de Nauguet de la ville de Garris, et le Sieur Dindaburu du lieu d’Aincie les Beirie, trésorier, pour former notre corps et communauté et être présens à la réception des aspirans à la chirurgie lorsque ces mêmes aspirans en seront requis par nous, et ce conformément aux statuts et ordonnances de Sa Majesté et ont cy signé avec nous le 2 juin 1746. » Post scriptum : Dans la trousse d’un médecin généraliste de Saint-Palais figuraient en bonne place deux instruments : - la lancette à saignées, pas plus haute qu’une lime à ongles, cédant la place au bistouri entre les deux guerres, - les forceps d’accouchement ou fers d’obstétrique, qui étaient les meilleurs garants, la nuit venue, pour franchir la ligne de démarcation pendant l’occupation allemande.


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